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Ramasser une bouteille d’eau sur la plage.
Environnement

Pourquoi et comment sauver la biodiversité marine ?

6 min

à propos du contributeur

Jérémie Cogrel

Assistant de recherche à Surfrider Foundation Europe

Biarritz

L'essentiel de l'article

  • L’état des stocks de poissons montre que la biodiversité marine décline.
  • La surpêche, la pollution et le réchauffement climatique sont principalement en cause.
  • Éliminer les plastiques et limiter sa consommation de produits de la mer aide à préserver la biodiversité marine.
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1 La biodiversité marine, un enjeu vital pour l'homme

La biodiversité marine n’est pas qu’un joyau qu’il faut préserver pour le plaisir des yeux et des touristes. D’abord, l’alimentation d’une partie importante de l’humanité dépend de la pêche, rendant vitale la préservation des stocks de poissons. Mais c’est aussi tout un secteur économique qui repose sur la préservation des espèces marines.

Pourtant, la faune et la flore marines connaissent un déclin largement constaté partout dans le monde. En cause ? L’activité humaine, que ce soit la surpêche, les émissions de gaz à effet de serre qui entraînent le réchauffement climatique, la pollution des océans, la destruction des habitats côtiers, l’introduction d’espèces invasives, etc. Il est donc urgent d’agir !

« La pression ne diminuant pas, la fin des pêches telles que pratiquées aujourd’hui pourrait avoir lieu d’ici 2048 si l’on ne change pas nos habitudes (1), déplore Jérémie Cogrel, assistant de recherche à Surfrider Foundation Europe. Les récifs coralliens, qui abritent 25 % de la biodiversité marine (2), sont également menacés de disparition, ce qui met en danger tout l’écosystème qui en dépend. » L’ONU estime qu’au niveau actuel de pollution plastique des océans, il y aura plus de plastiques que de poissons dans les mers du globe à l’horizon 2050, et que la quasi-totalité des oiseaux marins auront ingéré des déchets plastiques (3).

Si aujourd’hui toute la population mondiale vivait comme un Français moyen, nous aurions besoin de trois planètes pour servir tout le monde !

Autre enjeu clé que l’on ignore souvent, la biodiversité marine est un agent actif fondamental de la lutte contre le changement climatique. « Certains habitats côtiers comme les mangroves sont de réels pièges à gaz à effet de serre comme le CO2 », explique Jérémie Cogrel. Enfin, la biodiversité marine est aussi utile pour le maintien de la bonne qualité de l’eau et la régénération des écosystèmes après des catastrophes naturelles ou industrielles. L’intérêt de protéger les espèces marines et côtières est donc un enjeu environnemental global qui dépasse la seule sphère maritime.

À savoir**

À l’échelle globale, le réchauffement des océans conduira à des modifications profondes de la distribution des espèces marines :

  • dans les zones tropicales, une perte de diversité due aux eaux devenues trop chaudes ;
  • dans les régions tempérées, une augmentation de la biodiversité liée à la migration de certaines espèces tropicales ;
  • pour les zones polaires, une disparition des espèces et écosystèmes dépendants de la glace, et arrivée des espèces des zones subpolaires.

2 Agir à son échelle pour protéger les écosystèmes marins et côtiers

À l’échelle individuelle, quels gestes peut-on mettre en place pour protéger la biodiversité marine ? Pour Jérémie Cogrel, la mobilisation de tous est primordiale, et les gestes à adopter sont légion ! À commencer par ne pas jeter ses déchets sur la plage. Un simple mégot suffit à polluer 500 litres d’eau de mer et met jusqu’à 5 ans à se dégrader dans l’environnement (4) ! Chez soi, tous les écogestes bénéficient aussi aux océans : trier ses déchets, utiliser des produits d’entretien sans danger pour l’environnement, et bien sûr, limiter l’utilisation du plastique. Car une écrasante majorité des déchets plastiques trouvés en mer proviennent des terres : 10 % sont des détritus abandonnés sur les littoraux et 80 % viennent de l’intérieur des terres (déchets jetés le long des routes et des rivières, en décharge sauvage, etc.).(5) Poussés par les vents et la pluie, tous finissent en mer.

Il existe aujourd’hui de nombreuses alternatives aux plastiques jetables, responsable d’une part importante de la pollution des océans : carafes et gourdes pour remplacer les bouteilles plastiques, pailles en bambou ou en inox, brosse à dents en bambou compostable, sacs en coton (bio de préférence), cosmétiques et produits d’entretien à faire soi-même, aliments en vrac qui évitent les emballages…

« On peut aussi penser, en vacances, à utiliser des crèmes solaires non impactantes pour l’environnement marin, notamment pour les coraux, ajoute Jérémie Cogrel. Ou tout simplement consommer moins de produits de la mer et de viande, car les élevages sont souvent nourris avec des farines de poissons. Et quand on en consomme, prendre des produits issus de la pêche durable. Nous conseillons aussi de choisir des produits bios aussi souvent que possible, car les pesticides de l’agriculture classique finissent en partie dans les océans et nuisent à la biodiversité. »

Pour ceux qui pratiquent un sport nautique, le respect scrupuleux des réglementations des espaces protégés et des écogestes de base est évidemment nécessaire. Si vous utilisez en plus un matériel écoresponsable, la nature vous dira merci… Pour Jérémie Cogrel, l’action directe reste bien sûr un levier de choix pour faire bouger les choses : « Devenir bénévole dans une association de protection de l’environnement est une excellente option pour sensibiliser un maximum de personnes aux problématiques actuelles. Il faut agir pour faire changer les mentalités ! »

L’association Surfrider au cœur de la protection des biodiversités marines

Créée en 1990 par un groupe de surfeurs et soutenue par la fondation d’entreprise du groupe Macif, Surfrider Foundation Europe a pour mission la protection et la mise en valeur des milieux aquatiques. Elle regroupe 13 000 adhérents dans neuf pays et travaille sur trois grandes thématiques : les déchets aquatiques, la qualité des eaux, la santé des usagers et l’aménagement du littoral en lien avec le changement climatique.

Sources :

(1) Gilles Bœuf, conférence au Collège de France « Océan et érosion de la biodiversité marine ».
(2) WWF, « Coraux - Joyaux des océans ».
(3)ONU Environnement, citant une étude de la Fondation Ellen MacArthur.
(4) Futura Planète, « Quelle est la durée de vie des déchets ? ».
(5) Surfrider Foundation Europe, « Pollution des océans : origine des déchets aquatiques ».

* ONU Environnement
** Surfrider Foundation Europe
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