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Huiles alimentaires usagées recyclées en biocarburant
Environnement

L’AREnAM collecte les huiles alimentaires et les recycle en biodiesel

1 min

à propos du contributeur

Marie Thomé

Fondatrice et présidente de l'association AREnAM

Charleville-Mézières

L'essentiel de l'article

  • AREnAM gère un garage solidaire et une activité de collecte des huiles alimentaires usagées.
  • Les huiles sont transformées en biodiesel.
  • Le carburant est utilisé par les voitures de La Poste et de la Ville de Charleville-Mézières.
  • Le local de traitement des huiles est chauffé grâce aux huiles collectées.
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1 Pourquoi collecter les huiles alimentaires usagées ?

Marie Thomé, fondatrice et présidente de l’association AREnAM. L’association AREnAM (pour le Respect de l’Environnement et l’Aide à la Mobilité) a été créée en 2008 et l’entreprise* a démarré son activité de garage solidaire en 2010. C’est une idée qui est venue du constat que j’avais fait, en tant qu’assistante sociale, que l’entretien et la réparation des voitures étaient problématiques pour de nombreux foyers précaires. Cela pose des problèmes de sécurité et de mobilité d’une part, mais aussi des problèmes environnementaux, puisque certains propriétaires de véhicules en sont réduits à faire les réparations, vidanges, etc. dans l’espace public. C’est pourquoi nous nous sommes aussi intéressés dès 2012 à la collecte des huiles alimentaires usagées, car c’est à la fois une façon d’adresser un problème environnemental et de créer du carburant de façon durable. C’était donc tout à fait cohérent avec notre projet !

Le saviez-vous ?

La Fondation Macif soutient AREnAM pour un carburant bio et propre !

J’encourage les particuliers à apporter leurs huiles en déchetterie, car les jeter dans les canalisations est très dommageable pour l’environnement.

3 Avez-vous tout de suite trouvé des « clients » intéressés ?

M. T. : Avant notre arrivée, le marché était principalement occupé par des entreprises belges, luxembourgeoises et allemandes, qui faisaient payer la collecte. Mais comme nous proposons la collecte gratuite, ils se sont rapidement alignés, en proposant même aux restaurateurs de racheter les huiles… La preuve que c’est une marchandise qui a de la valeur ! Nous avons néanmoins trouvé notre clientèle, grâce notamment au Conseil départemental des Ardennes et à l’ex-Conseil régional de Champagne-Ardenne : nous avons en charge la collecte auprès de l’ensemble des cantines des collèges et lycées publics du département.

Quand nous avons commencé en avril 2012, nous avons collecté 7 000 litres, et aujourd’hui nous sommes à près de 37 000 litres d’huile ! Et tout ça avec une camionnette et une équipe ultra-motivée et impliquée ! Nous avons actuellement cinq salariés, mais depuis la création de l’entreprise, nous avons formé huit personnes qui ont ensuite trouvé un emploi durable. Car c’est le but aussi d’une entreprise solidaire et sociale : servir de tremplin pour les personnes éloignées de l’emploi.

4 Comment se passe ensuite le traitement des huiles pour en faire du biodiesel ?

M. T. : Nous effectuons un premier travail de filtration en interne, dans un local dédié à cet usage. Jusqu’à l’année dernière, nous revendions des huiles à une grande entreprise spécialisée dans le recyclage, et puis nous avons découvert le projet européen BIOHEC-LIFE via l’entreprise sociale et solidaire Gecco.

BIOHEC-LIFE est à la fois un programme de collecte des huiles usagées sur les territoires et un procédé biologique de transformation des huiles en biocarburant à l’usage des collectivités. Depuis, c’est à Gecco que nous revendons notre matière première. La transformation prend environ deux semaines en fonction des volumes.

5 Qui utilise votre biodiesel ?

M. T. : Le biodiesel est utilisé par des flottes de collectivités, notamment la Ville de Charleville-Mézières (Ardennes) qui a accepté de tenter l’expérience. Avec Gecco, nous avons également établi un partenariat avec La Poste et la ville. Celui-ci va d’ailleurs donner naissance à une station-service de biodiesel implantée directement dans le garage municipal de la ville qui ouvrira fin novembre. Un bel exemple d’économie circulaire en circuit court !

Malheureusement, les particuliers n’ont pas encore droit à ces biocarburants à base d’huiles alimentaires recyclées, car la loi française l’interdit. C’est un combat que nous allons devoir mener, car pour nous, ce serait une alternative intéressante…

6 Pensez-vous que ce soit une énergie durable pour l’avenir ?

M. T. : Bien sûr ! On a tout dans nos poubelles : pas la peine de faire pousser du colza ! L’idée est qu’à terme nous puissions transformer nous-mêmes les huiles en biodiesel. Mais pour cela, nous allons avoir besoin de subventions pour investir dans le matériel nécessaire. Nous nous sommes tournés vers Ardenne Métropole et la Fondation d’entreprise du groupe Macif. La Fondation nous a en l’occurrence déjà soutenu deux fois : au lancement de l’association (7 000 euros), et lorsque nous avons installé une chaudière à huile, avec une subvention de 15 000 euros. Car, il faut le savoir, les huiles usagées peuvent aussi servir à se chauffer, et c’est ce que nous faisons dans le local de 200 m2 consacré à la filtration des huiles. La boucle est bouclée !

Rouler à l’huile végétale, que dit la loi ?

Le Code de l’environnement oblige les restaurateurs à recycler leurs huiles alimentaires. Mais dans le même temps, la loi française interdit purement et simplement l’utilisation de l’huile végétale comme carburant pour les particuliers. Concernant le biodiesel issu du traitement des huiles alimentaires recyclées, seules les flottes d’entreprises publiques et collectivités sont, pour le moment, autorisées à les utiliser. En revanche, il est possible, pour les particuliers, de se chauffer aux huiles recyclées. Il suffit pour cela d’acheter une chaudière adaptée ou de remplacer le brûleur de sa chaudière à fuel par un brûleur à huile.

Sources :
* Entreprise sociale et solidaire reconnue d’intérêt général depuis 2013.
** Ministère de la Transition écologique et solidaire, Les biocarburants, 2016.
*** Ademe, Produire des biocarburants de première génération, 2018
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