Suicide : repérer un enfant ou un ado qui va mal

Chaque année, le suicide est responsable de la mort de près de 400 jeunes en France. Pour essayer de prévenir le passage à l’acte, des signes avant-coureurs peuvent être détectés. Le point avec les experts de la Maison des adolescents 53, lieu d’accueil spécialisé dans la santé mentale des 11-21 ans.

Temps de lecture : 5 min

à propos du contributeur

Sébastien Blin et Pauline Baranger

respectivement directeur et cadre de santé de la Maison des adolescents 53

1 Un changement soudain du comportement de l’enfant ou de l’adolescent

« Il y a des comportements qui relèvent de la crise d’adolescence, période de l’expérimentation, et ceux d’un adolescent en vraie crise », souligne Sébastien Blin, directeur de la Maison des adolescents 53, lieu d’expression des maux de l’adolescence. « Il est important de rester vigilant à tout changement soudain de comportement chez un adolescent, car c’est le signe que quelque chose se passe mal pour lui », ajoute Pauline Baranger, cadre de santé dans la structure. « Il faut par exemple être vigilant s’il entre en conflit avec ses parents, se coupe de son cercle d’amis, parle moins, se replie sur lui-même, s’isole dans sa chambre ou s’oppose à ses professeurs », précise-t-elle. Les troubles du sommeil peuvent aussi être des indicateurs d’un mal-être, notamment « les cauchemars récurrents, les insomnies, la tendance à se réfugier dans le sommeil ».

2 Une consommation récurrente de drogue et d’alcool

« L’adolescence est une période de chamboulement où surgissent des questions existentielles et nombre de changements dans le corps. C’est aussi une période d’expérimentations », rappelle Sébastien Blin. Mais il convient de rester attentif pour faire la part des choses entre de simples expérimentations et un comportement compulsif qui peut cacher une réelle détresse psychologique : « Un jeune qui consomme des produits stupéfiants et de l’alcool, surtout de façon récurrente, est au-delà de l’expérimentation. Un surinvestissement sportif et une sexualité compulsive peuvent eux aussi relever de conduites à risque entraînant une mise en danger volontaire de soi ».

3 Du découragement, des propos suicidaires ou des idées noires

« Je ne vais pas bien », « J’en ai marre », « Qu’est-ce que je vais devenir ?»… « Il faut porter attention aux paroles de son enfant ou de son adolescent. Cela dit toujours quelque chose », poursuit Pauline Baranger. D’autant plus si ses messages verbaux « sont la manifestation d’une détresse, d’une angoisse existentielle, de difficultés à se projeter, ou en lien avec la mort ou des idées noires. Pour les parents, il est important de se rendre disponibles quand leur enfant exprime un besoin de parler. Il faut alors saisir l’occasion de déceler ce qui ne va pas en discutant, en le questionnant sur ses propos. Le plus important est de maintenir le lien à tout prix ». C’est lui envoyer le signal fort que vous avez repéré son mal-être et que vous vous inquiétez pour lui, ce qui permet d’éviter le sentiment d’isolement ou d’être incompris.

4 Des actes d’automutilation ou d’autosabotage

En plus d’une fatigue constante, de douleurs corporelles (mal de tête, au ventre, etc.), « d’autres signes comme la scarification doivent inquiéter car ils constituent des conduites à risques », poursuit Pauline Baranger. La scarification est une forme d’automutilation : l’adolescent ou l’enfant s’inflige à lui-même des blessures. Ce sont souvent des coupures superficielles accompagnées d’un écoulement de sang. Autre alerte : les troubles alimentaires (perte d’appétit, vomissements provoqués et répétés, frénésies et obsessions alimentaires, etc.) sont des signes à prendre en considération et à surveiller de près. Tout comme les actes « d’autosabotage » : l’absentéisme scolaire, la fugue, l’abandon de projets, la dévalorisation de sa personne.

Si vous repérez ces signes chez votre enfant ou votre ado, essayez autant que possible d’entamer une discussion avec lui. Prenez conseil auprès de votre médecin de famille, d’un psychologue ou d’un psychiatre, voire de l’établissement scolaire, qui pourront vous indiquer s’il est utile que le jeune consulte.

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L'Essentiel de l'article
  • Tout changement comportemental soudain doit interroger.
  • Il existe des manifestations physiques d’un mal-être intérieur.
  • Les mots prononcés peuvent trahir de la souffrance psychique.

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