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Toxoplasmose pendant la grossesse : quels sont les risques si vous attrapez la toxoplasmose enceinte ? Comment l’éviter ?
Santé

Prévention, transmission, traitement… Le point sur la toxoplasmose pendant la grossesse

1 min

à propos du contributeur

Isabelle Villena

Biologiste et responsable du Centre National de Référence sur la Toxoplasmose

l'essentiel de l'article

  • Contracter la toxoplasmose enceinte présente un risque grave pour le fœtus.
  • La toxoplasmose s’attrape principalement par la viande mal cuite ou des fruits et légumes mal lavés.
  • De bonnes habitudes d’hygiène et d’alimentation pendant la grossesse évitent de contracter la maladie.
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1 Qu'est-ce que la toxoplasmose ?

La toxoplasmose est une maladie parasitaire due à Toxoplasma gondii, un protozoaire susceptible d’infecter tous les animaux à sang chaud. Son cycle passe par des hôtes très différents (oiseaux, animaux domestiques et d’élevage), mais c’est le chat qui est son hôte définitif et assure sa reproduction. Le parasite est contaminant à tous les stades de sa vie : il se transmet le plus souvent à l’homme via la viande contaminée par des kystes toxoplasmiques ou les fruits et légumes souillés par des déjections de chat récemment infecté, voire par contact direct avec les excréments d’un chat porteur du Toxoplasma gondii. Chez l’humain, l’infection est généralement sans gravité et passe souvent inaperçue, et elle permet d’être immunisé(e) contre de nouvelles infections.

La toxoplasmose est très répandue partout dans le monde : on estime que 25 à 30 % des personnes ont été infectées au moins une fois, un chiffre comparable à celui constaté en France où la prévalence est de l’ordre de 31 %. (1)

« Les changements de mode de vie en matière d’hygiène et d’alimentation, et l’évolution des conditions d’élevage ont permis de limiter l’exposition », explique Isabelle Villena, médecin biologiste et responsable du Centre National de Référence sur la Toxoplasmose. « Chez les femmes de 30 ans, l’incidence est passée de 7,5 pour 1 000 en 1980 à 2,4 pour 1 000 en 2010, et pourrait être seulement de 1,6 pour 1 000 en 2020 ».

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3 Comment attrape-t-on la toxoplasmose ?

Chez l’humain, le parasite responsable de la toxoplasmose se transmet le plus souvent par l’alimentation :

  • viandes crues ou mal cuites, en particulier la viande de mouton et de porc (moins de risque avec le bœuf) ; (2)
  • fruits de mer ayant séjourné dans une eau souillée par un chat infecté ;
  • fruits et légumes ayant été au contact d’excréments de chat infecté, puis mal lavés ou lavés avec une eau contaminée par le parasite.

La transmission par le lait cru est exceptionnelle (un seul cas recensé selon une étude de 2015 (2)), mais celui-ci peut être porteur d’autres germes (en particulier la listeria) potentiellement dangereux pour les femmes enceintes.

En cas d’infection maternelle pendant la grossesse, une contamination fœtale est possible via le placenta, avec une transmission variable selon le stade de la grossesse. Cette contamination n’est généralement possible que si la mère n’a jamais eu la toxoplasmose, même si de rares cas de transmission chez les mères déjà immunisées mais immunodéprimées existent. En revanche, il n’y a aucun risque de contagion d’une personne à une autre.

Et les chats dans tout ça ? Nos chers compagnons sont principalement contaminés par la viande, soit celle qu’ils chassent, soit celle qu’ils reçoivent de leurs maîtres (abats ou viandes crus). On estime à 1 % le nombre de félins ayant été vecteurs de la maladie au cours de leur vie. (3) Un risque gérable donc, à condition de respecter certaines règles d’hygiène (voir plus bas).

4 Comment savoir si vous êtes immunisée ou non contre la toxoplasmose ?

La seule façon de le savoir, c’est de faire une prise de sang qui permettra de définir votre statut sérologique à partir de votre taux d’IgG et d’IgM (immunoglobulines G et M). Cet examen doit être réalisé idéalement avant grossesse et si vous n’êtes pas immunisée, dès le début de celle-ci :

  • vous avez des IgG mais pas d’IgM (IgG+/IgM-) : vous avez contracté la toxoplasmose avant la grossesse, vous êtes donc immunisée ;
  • vous avez des IgG et des IgM (IgG+/IgM+) : vous avez probablement été infectée récemment, mais il faut dater la contamination pour évaluer le risque de transmission ;
  • vous n’avez pas d’IgG mais vous avez des IgM (IgG-/IgM+) : l’infection est possible mais incertaine. Un second test est nécessaire pour confirmer ou infirmer l’infection et donc évaluer le risque ;
  • vous n’avez ni IgG ni IgM (IgG-/IgM-) : vous n’avez jamais eu la toxoplasmose, vous n’êtes pas immunisée.

Rassurez-vous : si vous êtes enceinte, ce test vous est systématiquement proposé par votre médecin traitant en début de grossesse, afin de mettre en place les mesures de prévention adaptées si nécessaire.

5 Quels sont les symptômes chez l'adulte et le bébé ?

Chez un adulte bien portant, la toxoplasmose est sans symptômes dans plus de 80 % des cas. (4) Mais dans un peu moins d’un cas sur 5 (4), notamment en cas de déficit de l’immunité, deux types de complications peuvent se manifester environ cinq à dix jours après l’infection (4) :

  • des atteintes cérébrales (toxoplasmose cérébrale) : fièvre, mal de tête, troubles neurologiques (épilepsie, difficultés motrices voire paralysie…) ;
  • des atteintes oculaires (toxoplasmose oculaire), avec la survenue d’une choriorétinite. Cette inflammation de la rétine et de la choroïde se traduit souvent par une baisse de l’acuité visuelle, des « mouches » volant devant les yeux ou une rougeur de l’œil.

Mais c’est chez le fœtus et le nouveau-né que les atteintes sont les plus sévères :

  • hydrocéphalie ou microcéphalie ;
  • atteintes hépatiques, cardiaques ou pulmonaires ;
  • lésions oculaires (choriorétinite) pouvant provoquer une perte de vision importante ;
  • en tout début de grossesse, la toxoplasmose peut entraîner la mort fœtale et une interruption de grossesse.

Si ces symptômes sont souvent présents dès la naissance, la choriorétinite peut en revanche apparaître après plusieurs années sans que l’on puisse prévoir sa survenue.

Pour autant, inutile de paniquer : « Dans la majorité des cas en France, la toxoplasmose congénitale est bénigne à la naissance et sans conséquences cliniques. Les femmes peuvent être rassurées ! », insiste Isabelle Villena.

6 Le dépistage prénatal et le suivi pendant la grossesse, comment ça marche ?

Pour lutter contre cette maladie aux conséquences potentiellement graves pour les enfants à naître, un programme de dépistage et de prévention a été mis en place en France en 1978. Il s’appuie notamment sur un test sanguin effectué lors du rendez-vous de déclaration de grossesse chez le médecin, donc avant la fin du premier trimestre. C’est le résultat de ce test qui va décider de la nature du suivi :

  • en cas d’immunité, aucun suivi particulier n’est nécessaire pour la toxoplasmose : il n’y a aucun risque pour l’enfant à naître, ni pour les grossesses ultérieures ;
  • en cas d’immunité incertaine, un nouveau test est effectué deux semaines après le premier pour confirmer ou infirmer l’immunité. Dans l’attente, des mesures préventives (hygiène et alimentation), sont mises en place et maintenues jusqu’à preuve de l’immunité ;
  • en cas d’absence d’immunité, les mesures hygiéno-diététiques sont mises en place et maintenues jusqu’en fin de grossesse, et des tests réguliers permettront de vérifier l’absence d’infection. En cas d’infection récente, une prise en charge médicale adaptée est proposée pour éviter la transmission au fœtus.

7 9 conseils pour éviter la toxoplasmose enceinte (et garder votre chat)

Ces fameuses mesures « hygiéno-diététiques » sont simples à mettre en œuvre, et d’ailleurs les femmes enceintes les appliquent souvent sans le savoir :

  • Ne pas consommer de viandes, poissons ou fruits de mer crus.
  • Bien cuire les viandes (y compris la volaille et le gibier), à au moins 65 °C sur toute l’épaisseur. Concrètement, elle doit être bien dorée et aucun jus rosé ne doit persister. Pour vérifier la température, équipez-vous d’un thermomètre de cuisson (à partir de 6-7 euros en magasins spécialisés ou sur Internet).
  • Évitez de consommer de la viande fumée, grillée ou marinée.
  • Lavez à grande eau les fruits, légumes et plantes aromatiques, surtout s’ils sont terreux ou que vous les consommez crus.
  • Nettoyez soigneusement à l’eau les ustensiles et plans de travail après avoir cuisiné.
  • Lavez-vous bien les mains : après avoir manipulé de la viande crue ou des fruits ou légumes souillés de terre ; après avoir caressé un chat ou changé sa litière ; après avoir jardiné ; avant chaque repas.
  • Portez des gants pour jardiner et pour changer la litière de votre chat. Nettoyez le bac tous les jours avec de l’eau à au moins 70 °C.
  • Congelez les denrées animales à -18 °C ou à -12 °C pendant trois jours.
  • Lors des repas au travail, chez des amis ou au restaurant, ne mangez que de la viande bien cuite et évitez les crudités (salades, fruits, etc.).


 

8 Que se passe-t-il en cas d'infection toxoplasmique pendant la grossesse ? Quels sont les traitements ?

Si votre statut sérologique (taux IgG/IgM) varie en cours de grossesse, un traitement antibiotique (spiramycine) vous sera prescrit pour toute la durée de la grossesse afin d’éviter la contamination fœtale. Un diagnostic prénatal permettra d’évaluer la transmission de la toxoplasmose au fœtus. Si le résultat est négatif, le traitement est maintenu. Si le résultat est positif, cela signifie que le fœtus est infecté, et il faut adapter le traitement (en général une association de deux antibiotiques, complémentés d’acide folinique pour contrer les effets secondaires du traitement)(1).

« Chez les bébés touchés par la toxoplasmose, le traitement est poursuivi pendant un an après la naissance, poursuit Isabelle Villena. Un bilan ophtalmologique avec fond de l’œil devra être effectué annuellement au moins jusqu’à 6 ans, ou plus pour prolongement du traitement si nécessaire. »

9 Ne vaut-il pas mieux attraper la toxoplasmose avant d'être enceinte pour être immunisée ?

C’est une question pertinente (et souvent posée par les femmes qui essayent de concevoir un enfant), mais la réponse ne va pas de soi ! Bien sûr, la situation est plus simple pour les femmes enceintes immunisées. Pour autant, on ne décide pas d’attraper la toxoplasmose ! D’abord parce que sa transmission est incertaine. Ensuite, en cas d’immunodépression non détectée, elle peut avoir des effets graves. Mieux vaut donc ne pas chercher les ennuis... Au final, peu importe que vous soyez immunisée ou non. Si vous ne l’êtes pas, tout est mis en place en France pour éviter les atteintes fœtales : le nombre de cas de toxoplasmose congénitale observés chaque année est compris entre 250 et 300, soit 0,3 pour 1 000 naissances. Dans la majorité des cas, les enfants sont sans symptômes à la naissance et évoluent normalement au cours de leur vie. (1)  Et surtout, gardez en tête que neuf mois de steaks bien cuits et de ratatouilles longuement mijotées n’ont jamais fait de mal à personne !

Sources :

(1) Isabelle Villena et Laurence Lachaud, « Toxoplasmose et grossesse », Revue Francophone des Laboratoires, n° 509, 2019.
(2) Radu Blagaa, Dominique Aubert, Catherine Perret, Régine Geers, Vitomir Djokic, Isabelle Villena, Emmanuelle Gilot-Fromont, Aurélien Mercier, Pascal Boireau, « Animaux réservoirs de Toxoplasma gondii : état des lieux en France », 2015.
(3) Isabelle Villena, « Actualités sur la toxoplasmose », paru dans Spectra Biologie n° 206, janvier-février-mars 2014.
(4) Ameli, « Toxoplasmose : définition, symptômes et complications possibles », 2019.
(5) Isabelle Villena, « Actualités sur la toxoplasmose », paru dans Spectra Biologie n° 206, janvier-février-mars 2014.

Pour aller plus loin :
Blaga R., Aubert D., Perret C., Geers R., Djokic V., Villena I., Gilot-Fromont E., Mercier A., Boireau P., « Animaux réservoirs de Toxoplasma gondii : état des lieux en France », Revue Francophone des Laboratoires, n° 477, pp 31-48, 2015.
Villena I. « Protozoaires : un risque émergent à mieux connaître ». Revue de l’Industrie Agro-alimentaire, n° 793, 2017.
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