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Samu Social de Paris
Solidarité

« Pour aider les réfugiés, rejoignez le programme ELAN : nous avons besoin de vous ! »

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à propos du contributeur

Nadège Letellier
Nadège Letellier

Responsable du programme ELAN au Samusocial de Paris

Ile-de-France

L'essentiel de l'article

  • Le programme ELAN est organisé par le Samusocial de Paris.
  • Il met en relation des réfugiés avec des particuliers souhaitant les héberger pour plusieurs mois.
  • Seules les personnes ayant obtenu le statut de réfugié* peuvent bénéficier du programme ELAN.
  • La famille d’accueil et la personne hébergée sont accompagnées du début à la fin.
  • Toute personne vivant en Île-de-France et disposant d’une chambre libre peut postuler.
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1 Comment est né le projet ELAN ?

Nadège Letellier. ELAN est né de l’engagement citoyen qui a vu le jour en 2015, avec les premiers grands campements parisiens de la porte de la Chapelle.

Pour endiguer ces campements, qui rassemblaient plus de 2 000 personnes, la police a mené plusieurs opérations d’évacuation. Mais en orientant les personnes évacuées vers les centres d’hébergement ou les hôtels, on s’est rendu compte que, parmi elles, il y en avait beaucoup qui avaient déjà obtenu le statut de réfugié*. Donc des personnes en situation légale, mais qui, faute d’hébergement pérenne, se retrouvaient à la case départ.

2 Comment fonctionne le programme ?

N. L. ELAN aide les personnes ayant le statut de réfugié. Nous nous chargeons de leur trouver une famille prête à les accueillir sur un temps long (huit mois et demi en moyenne), le temps qu’ils trouvent un emploi et leur propre logement.

Pour que cela fonctionne, il faut donc bien s’assurer en amont de la compatibilité entre l’accueillant et la personne hébergée, et assurer le suivi. Les critères sont à la fois objectifs et subjectifs, comme les motivations, les attentes de part et d’autre, la volonté de partage ou la préférence pour l’autonomie, etc.

C’est un projet sur le long terme avec des personnes qui ont traversé des épreuves difficiles et peuvent souffrir de traumas rendant l’intégration plus longue et délicate. C’est pour cela que nous accompagnons aussi bien la personne réfugiée que la famille d’accueil tout au long du process : l’encadrement est nécessaire pour que ça marche.

Participez vous aussi à une initiative solidaire !

Rendez-vous sur Diffuz et retrouvez les défis solidaires du Samusocial de Paris.

4 Qui peut héberger un réfugié chez soi ?

N. L. : Toute personne vivant en Île-de-France, à proximité d’une gare ou d’une station de métro et disposant d’une chambre libre ! Que l’on ait beaucoup de temps ou très peu, du moment que l’on a la volonté de partager, on peut rejoindre le programme ELAN. Les équipes du Samusocial de Paris se chargeront de trouver la personne avec qui vous pourrez envisager une cohabitation sereine et fructueuse.

Et c’est surtout très utile, parce que ce programme est un formidable booster d’intégration ! À la fin du mois de décembre 2016, 34 personnes ont pu en bénéficier, qui parfois ne parlaient pas un mot de français et qui ont pu décrocher un travail et un logement. Le travail de suivi des équipes d’ELAN est capital, mais le fait d’être inclus dans une cellule familiale est un facteur de réussite décisif.

5 Reçoit-on une aide financière pour l’aide apportée ?

N. L. : Nous proposons en effet aux familles qui le souhaitent une participation aux frais engagés pour accueillir une personne réfugiée. Il s’agit d’un forfait à la journée : 2 € pour l’eau et l'électricité et 5 € pour l’alimentation. À ce jour, près de la moitié des accueillants n’ont pas souhaité bénéficier de cette rétribution.

Nous avons choisi de mettre en place cette rétribution, car de nombreuses personnes réfugiées – notamment les jeunes de moins de 25 ans sans emploi – se retrouvent, dès l’obtention de leur statut, sans aucun revenu de transfert. Il aurait donc été fort préjudiciable de mettre les accueillants en position de devoir leur offrir le gîte et le couvert sans les aider à supporter les frais engagés pour accueillir ces publics plus vulnérables, d’autant plus que certains accueillants disposant d’une chambre libre n’ont pas forcément les ressources financières pour assumer cette charge supplémentaire.

Par ailleurs, cette rétribution prend également une valeur hautement symbolique, puisqu’elle vise à réduire la dette ressentie par la personne réfugiée envers son accueillant, ce qui lui permet ainsi de ne pas se sentir assujetti dans une relation inégalitaire de don. Elle permet également aux accueillants de se détacher d’une position de « charité » avec laquelle certains ne sont pas forcément très à l’aise.

À l’inverse, les personnes réfugiées s’acquittent, selon leur niveau de ressources, d’une participation qu’ils versent chaque mois à leur référent social. Cette participation vise également à réduire un possible sentiment de dette et les prépare à s’acquitter des charges locatives qu’ils devront régler une fois qu’ils seront autonomes.

À savoir

Le statut de réfugié n’ouvre aucun droit prioritaire pour l’accès au logement ou à l’emploi : une fois son statut obtenu, la personne dispose de trois mois pour quitter le centre d’accueil pour demandeur d’asile dans lequel elle a été accueillie pendant sa procédure de reconnaissance. Pour ces personnes fragilisées, c’est un délai souvent trop court pour trouver du travail et un logement dans un pays et une culture mal connus.

* « Le terme de réfugié s'applique à toute personne craignant avec raison d'être persécutée du fait de sa race, de sa religion, de sa nationalité, de son appartenance à un certain groupe social ou de ses opinions politiques, se trouve hors du pays dont elle a et qui ne peut ou, du fait de cette crainte, ne veut se réclamer de la protection de ce pays ; ou qui, si elle n'a pas de nationalité et se trouve hors du pays dans lequel elle avait sa résidence habituelle à la suite de tels événements, ne peut ou, en raison de ladite crainte, ne veut y retourner. ». Article 1er A2 de la Convention de Genève du 28 juillet 1951.

 

(1) Office français de protection des réfugiés et apatrides.

(2) OFPRA, 2018.
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