Le free-floating est-il un rêve urbain sans lendemain ?

Vélos, trottinettes et scooters en libre-service ont fait leur apparition en France en 2016 à Paris (1). Mais avec les problèmes de sécurité, de partage de l’espace public et de vandalisme, l’engouement des Français pour ces mobilités douces va-t-il suffire à faire perdurer le free-floating ?

Temps de lecture : 5 min

1 Le free-floating, moteur de chaos urbain ?

Prenez une grande ville congestionnée, ajoutez-y quelques milliers de vélos, trottinettes et scooters en free-floating, mélangez… Et c’est la cohue ! L'espace n'étant pas extensible et les habitudes difficiles à changer, l'arrivée de ces mobilités alternatives provoque de nombreuses frictions entre les usagers de la chaussée, des pistes cyclables et des trottoirs. Malgré l'aménagement des voiries pour faciliter la circulation des nouveaux modes de transport, le nombre d'accidents mortels en vélo ou autres EDP (engins de déplacement personnel) a peu diminué en 2020 (182 contre 197 en 2019) (3).

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2 Quand les opérateurs rétropédalent

Elle semble loin l’euphorie des débuts, suite à l’ouverture des marchés en 2018. Les grandes villes comme les plus petites ont vu des vélos et des trottinettes électriques de toutes les couleurs fleurir sur le pavé. À peine deux ans plus tard, c’est le coup de frein : vols, vandalismes, contraintes réglementaires et problèmes de disponibilité ont eu raison de 6 opérateurs qui ont jeté l’éponge à Paris (4).

En Chine, des cimetières de vélos free-floating

Volés ou dégradés, les vélos en free-floating ont une courte espérance de vie. Un sujet dont s’est saisi le photographe Wu Guoyong, dont les impressionnants clichés de « cimetières » regroupant parfois plus de 100 000 vélos ont fait le tour du monde.

3 Les utilisateurs vont-ils se dégonfler ?

Occupant un vide juridique à leur lancement, les trottinettes électriques ont longtemps été synonymes de liberté. Depuis octobre 2019, c’est fini ! Les nouvelles dispositions du Code de la route encadrent désormais les pratiques : interdiction de rouler sur les trottoirs, obligation d’utiliser les pistes cyclables, port d’accessoires réfléchissants la nuit, bridage à 25 km/h, stationnement limité aux zones marquées au sol… D’après une enquête 6-t/Ademe, environ quatre utilisateurs sur dix seraient découragés par certaines mesures (5).

Pour autant, la crise sanitaire a attiré de nouveaux usagers, notamment parmi les citadins adeptes des transports en commun qui, par peur du virus, ont préféré se tourner vers les modes de transports individuels. L'utilisation du vélo, par exemple, a augmenté de 44 % (6) depuis la fin du premier confinement. En tout, le secteur de la mobilité partagée a généré en France 80 millions de trajets (3) en 2020, pour environ 150 millions d'euros de chiffres d'affaires (hors subventions payées par les collectivités locales).

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des utilisateurs de trottinettes en free-floating doivent souvent renoncer faute de disponibilité. (5)

4 Encadrer pour pérenniser

Si le succès actuel du free-floating est indéniable, difficile de dire si la tendance va durer. Pour limiter les nuisances et redorer leur image, certains opérateurs ont accepté de modifier leurs règles d’utilisation en imposant par exemple aux utilisateurs de stationner les trottinettes dans les zones dédiées. À Paris, la mairie a lancé un appel d’offres visant à limiter le nombre d’opérateurs de trottinettes à 3 (2). L’objectif est de pérenniser l’offre en l’encadrant mieux. 

Ainsi, depuis juillet 2020, quelques 18 000 trottinettes (1) et 24 500 vélos (1) sont en circulation dans la capitale. À ce parc, il convient d’ajouter environ 4 000 scooters (1) en flotte libre. À Bordeaux, on comptait en décembre 2020 9 opérateurs de trottinettes (2), 3 opérateurs de vélos (2) et 1 opérateur de scooters (2) en « free-floating », soit un total de 800 trottinettes (2), 400 vélos (2) et 200 scooters (2).

Bon à savoir

Depuis le 11 mai 2020, le forfait mobilité durable (7), inscrit dans la loi d’orientation des mobilités (LOM), incite les entreprises du privé à prendre en charge les frais de transports domicile-travail effectués en mobilités douce et alternative de leurs salariés. Ainsi, les salariés qui ont opté pour le vélo, la trottinette, le scooter, le court-voiturage et l’autopartage peuvent être remboursés à hauteur de 500 € annuels.

L'Essentiel de l'article
  • Les grandes villes régulent l’utilisation des véhicules en libre-service en limitant le nombre d’opérateurs et la taille de leur flotte.
  • Les citadins ont davantage recours au free-floating depuis le début de la pandémie.
  • Le forfait mobilités durables introduit par la loi LOM encourage l’utilisation des transports alternatifs.
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