0
0 sur 5( 0 vote )
Maman parlant de la mort à son enfant.
Famille

Décès dans la famille : comment en parler à ses enfants ?

2 min

à propos du contributeur

Hélène Romano

Docteur en psychopathologie et psychologue spécialiste du deuil

L'essentiel de l'article

  • Avant 9 ans, beaucoup d’enfants croient la mort réversible et « contagieuse ».
  • Il est important de dire la vérité aux enfants.
  • Un enfant peut assister aux funérailles s’il le souhaite, mais il faut veiller à ce qu’un adulte tiers puisse rester à ses côtés durant la cérémonie.
lire la suite
0
0 sur 5( 0 vote )

1 À quel âge un enfant comprend-il ce qu'est la mort ?

Hélène Romano : Un enfant qui n’a jamais été confronté à la mort comprend la réalité de la mort vers l’âge de 8-9 ans. Il est alors capable d’intégrer son irréversibilité (il-elle ne reviendra pas), son universalité (on y sera tous confrontés un jour) mais aussi qu’elle n’est pas « contagieuse ». Avant cet âge, un enfant pense que la mort s’attrape et surtout qu’on meurt mais qu’on finit par revenir.

2 À partir de quel âge peut-on annoncer la mort d’un proche à un enfant ?

H. R. : Je milite pour qu’on parle de la mort aux enfants dès leur naissance, voire in utero. Un bébé ne comprendra pas ce qui se passe mais il sera rassuré sur ce qu’il ressent. Une jeune maman qui vient de perdre son mari a intérêt à mettre des mots sur sa tristesse et à expliquer à son nourrisson le drame qui vient de se produire. Ça l’aidera à maintenir le lien avec son bébé et à l’enfant de ne pas se sentir écarté. Beaucoup d’enfants à qui on a caché la mort d’un proche expriment des années plus tard le sentiment d’avoir été trahis, mis de côté. Ils ont l’impression d’avoir été privés de la mort de leur proche. Parfois, en voulant protéger ses enfants, on les blesse sans le savoir…

3 Comment annoncer un tel drame ?

H. R. : Mes nombreux entretiens avec des enfants m’amènent à penser qu’il est préférable que l’annonce du décès soit faite par un intermédiaire. Le médecin, si la mort a eu lieu à l’hôpital, un pompier ou un gendarme si la mort est accidentelle ou encore un proche de la famille. Car souvent l’enfant tient pour responsable celui par qui la nouvelle arrive. Si le parent tient malgré tout à annoncer le drame lui-même, il est préférable de dire qu’il a lui-même appris la nouvelle par un tiers. En disant par exemple : « Le docteur m’a dit que le cœur de papa s’était arrêté et qu’il est mort. » Par ailleurs, quand on annonce la mort d’un proche à un enfant, il est important d’expliquer les faits et leur temporalité. Dire par exemple : « Mamie a été hospitalisée car elle était malade. Son état de santé s’est aggravé ces derniers jours et le médecin m’a appelé ce matin pour me dire qu’elle n’a pas survécu. »

4 Quels mots privilégier ?

H. R. : Il est très important de prononcer le mot « mort ». Certains parents optent pour des formules imagées qui peuvent être mal interprétées par les enfants. J’ai suivi un enfant à qui on avait dit « ton papa est monté au ciel » et qui avait développé une phobie en pensant être surveillé en permanence… Ou un autre qui ne comprenait pas que son petit frère se trouvait dans le cercueil puisqu’on lui avait dit qu’il était parti. Employer les vrais mots permet d’éviter ce type d’incompréhensions…

5 Un enfant peut-il se rendre aux funérailles ?

H. R. : C’est à lui d’en décider. Si l’enfant exprime ce besoin ou cette envie, il est important de l’entendre. Participer à ce moment collectif d’hommage contribue à apaiser le deuil. Dans ce cas, on le prépare en lui expliquant comment les choses vont se dérouler, dans quel ordre, qu’il est possible que les gens aient du chagrin et pleurent. Et surtout, on veille à ce qu’il soit entouré par un adulte relais qui restera à ses côtés le temps de la cérémonie.

Si en tant que parent, on estime que ce n’est pas sa place, il est important de lui expliquer pourquoi et de lui proposer d’être représenté symboliquement, en préparant un dessin ou en écrivant une lettre qu’on déposera dans le cercueil.

L’essentiel est de ne pas lui mentir. Car je reçois des adultes qui ne sont toujours pas remis d’avoir été écartés, enfant, des funérailles d’un de leurs proches. Des années après, ils ressentent une immense culpabilité à l’idée d’avoir joué ou d’être allé au restaurant alors qu’on enterrait un de leurs parents…

6 Peut-on emmener un enfant à une veillée mortuaire s’il réclame à voir le corps ?

H. R. : Bien sûr, à condition de le préparer à ce qu’il va voir. On peut lui dire que le défunt aura peut-être un peu changé d’aspect, que son cœur ne bat plus, que son corps ne vit plus, donc qu’il sera froid. Je me souviens de deux cousins qui avaient perdu leur grand-père. La petite fille alors âgée de quatre ans avait pu lui rendre visite au funérarium. Elle avait même pu choisir l’écharpe qu’il porterait dans son cercueil. Son cousin, âgé de 17 ans, avait eu l’interdiction de participer à la cérémonie et a eu beaucoup de mal à se remettre du départ de son grand-père.

7 Comment réagir face à un enfant qui ne manifeste aucun signe de tristesse au moment de l’annonce ?

H. R. : Il n’est pas rare d’annoncer la mort d’un proche à un enfant et qu’il reprenne son jeu aussitôt après. Avant 9 ans, un enfant pense que la mort est réversible. Une telle nouvelle ne le plonge donc pas dans le même chagrin que nous. Il faut accepter que sa réaction soit à la hauteur du lien qu’il avait avec le défunt. Il peut être plus affecté par la mort de son chat que par celle de son grand-père qu’il a à peine connu.

Il faut s’alarmer en revanche si, suite à un décès dans l’entourage, votre enfant de plus de huit ans ne manifeste aucun signe de tristesse ou change soudainement de comportement : ne mange plus ou trop, régresse, décroche à l’école, devient agressif ou apathique… Dans ce cas, il ne faut pas hésiter à lui parler, le questionner et s’adresser à une association spécialiste du deuil ou à un spécialiste pour l’accompagner au mieux.

Trois livres pour expliquer la mort aux enfants :

  • Au revoir Blaireau de Susan Varley

    Une jolie histoire qui raconte la disparition d’un être cher, 9,90 € (éd. Gallimard Jeunesse).
  • La vie, la mort, Mes p’tites questions

    Pour répondre à toutes leurs questions sur la mort (dès 6 ans), 8,90 € (éd. Milan).
  • L’Arbre, l’Ombre et la Lune d’Adolie Day et Hélène Romano

    Un ouvrage de psychologue joliment illustré pour expliquer le suicide aux enfants, 19,90 € (Éditions Courtes et Longues).

Et deux ouvrages pour les plus grands :

  • Quand la vie fait mal aux enfants : séparations, deuils, attentats, d’Hélène Romano

    17 € (éd. Odile Jacob).
  • L’Enfant et la mort, d’Hélène Romano

    8,44 € (éd. Les 10 indispensables)
Noter cet article :

Cet article...

Article suivant